Explorateurs de pacotille
Qu'est-ce qui nous pousse encore à découvrir le monde ?
1. Partir vers l'inconnu
Il y a un peu plus d'un an, nous naviguions en famille depuis quatre mois dans le Pacifique. Au mouillage de Raroia, un atoll des Tuamotu, nous nous apprêtions à mettre le cap sur les Marquises, à plus de 400 milles nautiques au nord. Trois à cinq jours de mer nous attendaient.
Nous avions préparé la traversée avec soin : météo favorable, bateau bien équipé, scénarios de secours envisagés. Mon expérience de guide de haute montagne m'avait appris à ne pas seulement évaluer les conditions, mais aussi à me méfier des biais cognitifs susceptibles de brouiller nos décisions. Nous voulions également nous assurer que les enfants avaient bien compris les consignes de sécurité.
Au moment de larguer les amarres, une petite boule me serrait pourtant le ventre. Ce n'était pas vraiment de la peur, plutôt une adrénaline excitante, mêlée d'une légère crainte et de l'envie d'aller se confronter à cette part d'inconnu. Nous avions fait le nécessaire pour réduire les risques, mais nous allions vivre quelque chose que nous n'avions encore jamais vécu.
La traversée s'est finalement très bien passée. Quatre jours plus tard, nous entrions de nuit dans la baie des Vierges, à Fatu Hiva. Les lumières de l'île apparaissaient une à une dans l'obscurité. Après quatre jours de mer, cette vision avait quelque chose d'irréel.


Notre expérience n'avait évidemment rien à voir avec les grandes traversées des premiers navigateurs polynésiens. Mais elle m'a permis d'entrevoir, à une échelle minuscule, ce que signifie partir vers l'inconnu. Et j'ai le sentiment, que j'accueille avec le sourire, que nous sommes aujourd'hui des explorateurs de pacotille. Ou, du moins, que le mot « exploration » ne correspond plus tout à fait à ce que nous allons chercher. Peut-être faudrait-il parler de découverte.
2. Des pirogues aux satellites
Bien avant l'arrivée des Européens, les navigateurs polynésiens avaient parcouru et peuplé une immense partie du Pacifique. Leurs ancêtres étaient venus d'Asie du Sud-Est insulaire, avant de progresser vers les Fidji, les Tonga et les Samoa, il y a environ trois mille ans. Puis, après plusieurs siècles, les migrations reprirent vers l'est : les îles de la Société et les Marquises furent peuplées autour des XIe et XIIe siècles, avant que des navigateurs ne gagnent Hawaï, Rapa Nui et, au XIIIe siècle, la Nouvelle-Zélande.
Comment imaginer ces traversées sur des milliers de kilomètres d'océan ? Les pirogues n'avaient ni GPS ni instruments modernes. Les navigateurs lisaient les étoiles, les vents, les courants, la direction de la houle, les nuages et les déplacements des oiseaux. Ils assemblaient ces indices pour trouver leur route, avec une connaissance de l'environnement qui nous paraît aujourd'hui extraordinaire.
Ce savoir se transmettait oralement, de génération en génération. Les récits, les chants, les leçons des anciens et la pratique en mer permettaient de mémoriser les itinéraires et d'apprendre à interpréter les signes. Il ne s'agissait pas simplement d'un savoir théorique : il se vérifiait sur l'eau, se corrigeait avec l'expérience et se transmettait aux suivants.
À Raiatea, le marae de Taputapuātea était l'un des lieux où se retrouvaient des chefs, des prêtres et des navigateurs venus d'autres archipels. On y entretenait des alliances et on y partageait des traditions et des connaissances. J'aime imaginer les pirogues arrivant par la passe, les équipages débarquant, les récits échangés avant de repartir vers l'horizon. Un lieu d'ancrage, mais aussi de transmission et d'ouverture sur le monde.


Lorsque les Européens arrivèrent dans le Pacifique, ils découvrirent un monde qui leur était largement inconnu, mais que les peuples de la région parcouraient depuis des siècles. Wallis atteignit Tahiti en 1767, Bougainville en 1768, puis Cook en 1769. Leurs voyages enrichirent les connaissances européennes, mais ouvrirent aussi la voie aux rivalités coloniales. La France imposa son protectorat sur Tahiti en 1842, avant d'annexer le royaume en 1880 ; les Marquises avaient été annexées dès 1842.
Les mêmes océans racontent ainsi des histoires très différentes : des migrations et la construction de sociétés, puis des expéditions scientifiques et commerciales, des conquêtes et des colonisations. Aujourd'hui, presque tous ces territoires sont cartographiés, photographiés et décrits. Avons-nous pour autant perdu la possibilité de découvrir ?
3. Quand l'inaccessible devient une course classique
En 1492, Christophe Colomb atteint les Caraïbes. La même année, à l'autre bout de l'Europe, Antoine de Ville entreprend sur ordre de Charles VIII l'ascension du mont Aiguille, dans le Vercors. Pour les Européens, l'un ouvre un nouveau chapitre de l'exploration du monde ; l'autre gravit une montagne réputée inaccessible. Mais derrière le mot « découverte », dans les Caraïbes, viendront bientôt la conquête, les massacres et l'asservissement des populations. L'exploration n'a jamais été une aventure innocente.
Pour atteindre le sommet du mont Aiguille, Antoine de Ville et ses compagnons utilisent des échelles, des crochets et les moyens techniques de leur époque. L'entreprise ressemble davantage à l'assaut d'une forteresse qu'à une course d'alpinisme moderne.
Aujourd'hui, la voie normale reste une vraie course de montagne, avec du cheminement et des passages d'escalade autour du III, mais elle est accessible à un alpiniste entraîné. La verticalité des parois reste impressionnante, l'itinéraire est connu et fréquenté, et l'on y croise même parfois des bouquetins. Entre les techniques de progression, le matériel et les connaissances accumulées, nous sommes très loin de l'entreprise de 1492.


La semaine dernière, je suis parti marcher sur le plateau du Vercors avec mon fils et quatre de ses amis et amies. Nous avons dormi dans une petite cabane non gardée. En redescendant par le pas de la Selle, face au mont Aiguille, les cinq enfants marchaient devant moi. Pour eux, l'idée de monter là-haut semblait presque absurde : les parois paraissaient infranchissables.

Je me suis demandé quelle place l'exploration aurait dans leur vie. Dans un monde où presque tous les territoires ont été parcourus, où trouveraient-ils encore de l'inconnu ? Et comment vivraient-ils leurs propres découvertes ?
L'exploration, aujourd'hui, ne dépend plus seulement de la distance parcourue ou de la difficulté d'un itinéraire. Elle dépend bien davantage du regard que l'on porte sur un lieu, de ce que l'on croit possible et de l'envie d'aller voir par soi-même.
4. Les dernières frontières
Pendant longtemps, les pôles ont représenté l'une des dernières grandes frontières de la planète. En décembre 1911, Roald Amundsen atteint le pôle Sud. Quelques semaines plus tard, l'expédition britannique de Robert Falcon Scott y arrive à son tour. Mais Scott et ses quatre compagnons meurent au retour, épuisés par le froid et le manque de ressources. Atteindre son objectif ne suffit pas : encore faut-il pouvoir rentrer.
La conquête du pôle Nord est plus controversée. Frederick Cook revendique l'avoir atteint en 1908, Robert Peary en 1909, mais leurs récits restent discutés. En 1926, Amundsen survole le pôle à bord du dirigeable Norge, avec notamment Umberto Nobile et Lincoln Ellsworth : c'est le premier survol incontestable. Il faudra attendre 1948, et une expédition soviétique posant ses avions sur la banquise, pour que quelqu'un y pose le pied de manière vérifiée.

Le Français Jean-Baptiste Charcot incarne une autre facette de ces expéditions. Avec le Français, puis le Pourquoi-Pas ?, il explore l'Antarctique au début du XXe siècle. Son ambition est aussi scientifique : cartographier les côtes, étudier les glaces, la faune et la géologie. Il disparaîtra en mer en 1936, lorsque le Pourquoi-Pas ? fera naufrage au large de l'Islande.
5. L'inconnu est encore là
En 2016, au Svalbard, après avoir laissé mes clients, j'ai traversé Prins Karls Forland avec un fusil sur le dos. Dans ces paysages, la présence possible d'un ours polaire n'est pas une simple image de documentaire : elle impose de rester attentif et de réfléchir à ce que l'on ferait si l'animal apparaissait.
À quelques kilomètres de là, à Ny-Ålesund, Amundsen avait préparé le départ du Norge. Un siècle plus tard, les lieux portent encore la mémoire de ces expéditions qui cherchaient à atteindre les dernières frontières géographiques du monde. Je traversais cette île sans prétendre découvrir quoi que ce soit au sens historique du terme. Pourtant, face à ce paysage, avec cette incertitude bien réelle, je retrouvais quelque chose de cette sensation que les récits d'exploration m'avaient toujours inspirée.

C'est peut-être cela que nous cherchons encore, parfois : non pas une terre que personne n'a jamais foulée, mais une expérience qui nous oblige à être pleinement présents.
Après presque vingt ans de métier de guide et près de trente ans d'expérience en montagne, j'ai aujourd'hui un luxe : celui de pouvoir parfois partir avec très peu d'informations. Même dans des pays que je connais mal, ou dont les montagnes sont peu documentées, je peux me contenter d'une carte et de quelques observations, puis aller voir par moi-même ce qui se trouve derrière une crête ou au fond d'une vallée.
La lecture de carte reste évidemment essentielle, et les photos satellites permettent de comprendre le profil des pentes et de repérer les passages possibles. Mais elles donnent des indices, pas une expérience complète du lieu. Il reste ce que l'on va réellement trouver, la manière dont le terrain se présente, les difficultés que l'on n'avait pas anticipées, les endroits auxquels on n'aurait pas pensé sans cette simple envie d'aller voir.
Dans mon métier, cette marge n'existe pas de la même façon. Un séjour se prépare des semaines, parfois des mois à l'avance : itinéraires, hébergements, transferts, matériel, météo, solutions de repli. Avec des clients, je cherche à réduire autant que possible les mauvaises surprises, et cette préparation est une responsabilité. Mais en amateur, il m'arrive de ressentir le besoin de retrouver une autre manière de partir : quitter la maison avec l'envie de rejoindre un sommet, sans avoir étudié l'itinéraire dans ses moindres détails, sans avoir lu les récits des précédents. On avance, on cherche le passage, on se trompe peut-être de chemin, on découvre un versant qu'on n'avait pas imaginé. Conserver les connaissances et les précautions nécessaires à une sortie sûre n'oblige pas à tout savoir d'avance.
Cette manière de partir devient rare. Les cartes en ligne, les traces GPS, les topos et les comptes rendus nous permettent presque de parcourir une course avant d'y être allés. Pourtant, une part de l'expérience se joue précisément dans ce que nous n'avions pas anticipé : un passage qui se révèle différent de ce qu'on imaginait, une lumière, une rencontre, ou simplement la nécessité de trouver soi-même son chemin. L'inconnu ne se mesure donc pas à la distance parcourue. Il tient à la place que nous laissons à l'imprévu.
6. La peur, les requins et notre place dans le vivant
La Polynésie m'a confronté à une autre facette de cette question. Nous y sommes attirés par la beauté des lagons, la richesse de la vie marine et la possibilité de croiser des animaux sauvages dans leur milieu naturel. Pendant notre voyage, j'ai rencontré des requins des dizaines de fois, notamment en nettoyant la coque du bateau. Dans les passes, lorsque je nageais près de l'annexe, il m'arrivait de me demander si un requin-tigre de quatre ou cinq mètres pouvait se trouver à proximité. Le risque d'une attaque restait faible, mais cette simple possibilité suffisait à faire naître quelque chose de très profond : une peur presque primitive, difficile à raisonner complètement.
Dans l'eau, on ne se sent plus tout à fait au sommet de la chaîne alimentaire. On prend conscience, physiquement, que l'on appartient au monde animal. Les autres espèces ne sont pas là pour nous émerveiller ou nous offrir de belles images. Elles vivent, se nourrissent, se reproduisent et tentent, elles aussi, de survivre. Dans la nature, une grande partie du vivant passe son temps à chercher de quoi manger et à éviter d'être mangé. Le requin n'est pas un monstre qui rôde pour nous attaquer : c'est un prédateur qui cherche à se nourrir, et nous ne sommes généralement pas sa proie habituelle. Mais cette connaissance ne suffit pas toujours à faire disparaître l'appréhension lorsque l'on nage dans son environnement.

Notre vie urbaine nous éloigne de cette réalité. Nous avons organisé nos existences de manière à tenir à distance la plupart des dangers naturels et des nécessités du vivant. La nourriture arrive dans les magasins, les animaux sauvages restent souvent derrière des clôtures ou sur des écrans, et nous pouvons traverser des journées entières sans nous demander réellement ce que signifie survivre dans un milieu naturel. Cette distance est confortable, mais elle nous fait parfois oublier que nous sommes nous-mêmes des animaux, vulnérables, dépendants d'un environnement et soumis aux mêmes grandes contraintes que les autres espèces.
Avec des enfants à bord, cette question devient très concrète. À quelles conditions les laisser nager tranquillement à l'arrière, dans un lagon ou près d'une passe ? Il n'existe pas de réponse universelle : la présence de requins ne rend pas la baignade dangereuse en soi, et l'absence d'incident ne garantit rien. Nous avons appris à regarder le contexte — les espèces présentes, la visibilité, les courants, l'heure, les comportements observés — et à renoncer dès qu'un élément ne nous plaisait pas. C'est la même logique qu'en montagne, à cette différence près qu'on n'évalue plus seulement le risque que l'on prend, mais celui auquel on expose les siens.
J'ai ressenti très concrètement la richesse de ces milieux lors d'une plongée sur la côte ouest de Ua Pou, aux Marquises. Depuis la surface, rien ne laissait imaginer ce qui se jouait sous l'eau. Pourtant, la vie marine y foisonnait, avec une densité de raies manta, de requins et même de raies marbrées qui m'a marqué.



En y réfléchissant, on comprend que ce monde sous-marin ne fonctionne pas indépendamment de ce qui se passe à terre. Les pluies entraînent depuis les pentes de la montagne des minéraux et des matières qui rejoignent l'océan. Les oiseaux marins, notamment les frégates, participent eux aussi à ces échanges : leurs déjections apportent des nutriments qui contribuent à enrichir le milieu. Ces apports, parmi beaucoup d'autres interactions, participent à la vie de l'écosystème. La montagne, les oiseaux, les poissons et les grands prédateurs ne sont pas des éléments isolés, juxtaposés dans un beau décor. Ils font partie d'un même ensemble, où ce qui se passe à un endroit peut avoir des conséquences ailleurs.
Ce qui m'a frappé, c'est précisément le décalage entre ce que l'on perçoit depuis la surface et ce qui existe réellement en dessous. Nous pouvons regarder une île, admirer sa montagne et trouver l'eau magnifique sans soupçonner l'ensemble des échanges qui nourrissent cette vie sous-marine. Il suffit de plonger pour découvrir un monde entier, complexe, foisonnant, dont nous ne voyions jusque-là presque rien.
Et cette image me semble assez proche de notre rapport à la nature en général. À force de vivre dans des environnements urbains, organisés et aseptisés, nous avons tendance à ne voir que ce qui est immédiatement visible. Nous oublions les liens, les équilibres et les dépendances qui permettent au vivant d'exister. Nous avons beau disposer d'un accès presque illimité à l'information, il nous arrive de passer à côté de ce qui se trouve juste sous nos yeux. Ou sous la surface, dans le cas présent.
Enfin, notre présence ne se limite pas à observer. Les aménagements côtiers, les déchets, les prélèvements ou certaines pratiques d'alimentation artificielle des requins modifient les milieux et les comportements animaux. C'est la même contradiction que dans les vallées himalayennes, où nos voyages transforment peu à peu ce que nous étions venus y chercher : des villages, des paysages, des manières d'habiter le territoire qui nous semblaient avoir échappé, au moins en partie, au monde moderne. Le tourisme apporte des revenus et permet parfois à des habitants de rester dans leur vallée ; il déplace aussi les économies locales, les paysages et les aspirations des jeunes. Les habitants ont évidemment le droit de choisir leur avenir, comme nous choisissons le nôtre. Mais nous ne sommes jamais des spectateurs innocents, et le savoir avant de partir ne résout pas la contradiction : c'est seulement une manière de voyager avec un peu plus de lucidité.
7. Découvrir autrement
Les outils modernes repoussent sans cesse les limites de ce que nous pouvons découvrir. Le LiDAR, une technologie fondée sur des impulsions laser, permet de reconstituer le relief du sol et de révéler, sous la végétation, des routes, des terrasses ou des vestiges d'anciennes cités. Son principe existe depuis les années 1960, mais les progrès récents des capteurs et du traitement des données ont considérablement élargi ses usages. Après les images satellites qui ont changé notre regard sur la Terre, le LiDAR révèle ce qui restait caché sous les forêts. Le territoire n'a pas changé : c'est notre capacité à le lire qui a évolué.
Et puis il y a les découvertes qui ne doivent rien à la technologie. Je repense à nos premières nuits en Polynésie, à cette arrivée dans un monde dont nous ne connaissions encore presque rien. Il y avait les odeurs, d'abord, singulières, puissantes, inconnues. Des parfums de végétation, de terre humide, de fleurs, mêlés à l'air chaud et salé du Pacifique. Il y avait les chants des coqs, qui semblaient avoir renoncé à la moindre notion d'horaires et pouvaient se faire entendre en pleine nuit. Et puis les couleurs : le vert presque irréel de la végétation, les bleus du lagon, les rouges et les orangés du ciel au coucher du soleil. Des couleurs qui vous accrochent la rétine, la draguent sans retenue et vous font presque oublier de regarder où vous mettez les pieds.
Tout cela nous arrivait en même temps, sans que nous ayons vraiment eu le temps de nous y préparer. Nous pouvions avoir lu des récits, regardé des photos et étudié les cartes : rien ne nous avait préparés à cette sensation. Ce n'était pas seulement un nouveau paysage que nous découvrions, mais une atmosphère entière, une façon différente d'habiter le monde. Et je crois que c'est aussi cela, découvrir : se laisser surprendre par des sensations que l'on n'avait jamais éprouvées, et comprendre que les images les plus fidèles ne remplaceront jamais l'expérience d'être là.
Nous ne découvrons pas forcément un lieu nouveau. Mais nous pouvons vivre l'instant avec une intensité particulière, être surpris par une odeur, un son, une lumière ou une rencontre, et ressortir avec un regard différent.
Nous préparons parfois nos voyages avec tant de précision que nous finissons par vouloir retrouver sur place ce que nous avons déjà vu à l'écran. Or, la découverte suppose aussi d'accepter de ne pas tout maîtriser, de rencontrer ce que nous n'étions pas venus chercher et de laisser une place à ce qui ne figurait pas au programme.
C'est peut-être ce que je voudrais transmettre à mes enfants : pas nécessairement le goût de l'exploit ou l'envie d'être les premiers, mais la curiosité, l'émerveillement et le désir d'aller voir par eux-mêmes. Leur faire comprendre qu'un lieu connu peut rester surprenant, qu'une expérience forte n'a pas besoin d'être dangereuse et que l'inconnu ne disparaît pas simplement parce que nous avons accès à toutes les cartes.
Alors, sommes-nous vraiment des explorateurs de pacotille ? Peut-être, si nous nous contentons de suivre des itinéraires balisés et de reproduire des images vues mille fois. Mais pas forcément si nous gardons la capacité de nous étonner, de poser des questions et de nous laisser transformer par ce que nous découvrons.
Le monde est largement cartographié. Il n'est pas épuisé pour autant. Il reste tant de choses à comprendre, à ressentir et à apprendre, sur les territoires comme sur nous-mêmes.
Il suffit parfois de regarder autrement pour que l'aventure recommence.
Et vous, quelle sera votre prochaine exploration ?
Pour aller plus loin
- Le peuplement de la Polynésie : Patrick V. Kirch, On the Road of the Winds: An Archaeological History of the Pacific Islands before European Contact, University of California Press, 2e éd. 2017 (en anglais).
- Les premières ascensions du mont Aiguille : Stéphane Gal, Une histoire de l'escalade, 1492, aux origines de l'alpinisme, Arkhê.
- La vie d'Amundsen : Tor Bomann-Larsen, Roald Amundsen, The History Press, 2006 (traduction anglaise de la biographie norvégienne).
- Le LiDAR et les cités cachées : Douglas Preston, La Cité perdue du dieu singe (The Lost City of the Monkey God, 2017), récit d'une expédition au Honduras où le LiDAR a révélé des vestiges sous la forêt.
- Les Européens dans le Pacifique : Anne Salmond, Aphrodite's Island: The European Discovery of Tahiti, University of California Press, 2010 (en anglais).
Les lieux évoqués ici (Raroia, Fatu Hiva, Ua Pou, Raiatea, le Svalbard…) se retrouvent sur le globe de la page Journal, avec les vidéos que j'y ai déposées.
Un mot, une question, une expérience ?
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